Cuvée " Campagne de Centeilles"

 

Données techniques

1 - Encépagement : 80 à 95 % de cinsault d'environ 40 ans; les raisins sont récoltés manuellement à des degrés supérieurs ou égaux à 13.5° et, pour une bonne partie, à près de 14° G.L.

2 - Vinification : éraflage total, cuvaison en cuve ouverte, nombreux "pigeages", macération de six semaines, les jus de presse sont réincorporés au vin de goutte

3 - Elevage : 12 à 18 mois en cuves d'acier émaillé (surtout pas de bois pour cette cuvée).

 


A propos du Campagne…

Enigmatiquement, cette cuvée présente année après année (depuis 1990) une étrange propriété : le vin, mince au départ, vif et nerveux, prend de l'ampleur et de la chair au cours de la garde en bouteilles. Les dégustations verticales sont très instructives à cet égard : si l'on n'avait pas connu les millésimes antérieurs, tels qu'ils se présentaient 6 mois après la mise, on penserait, en goûtant les derniers-nés peu de temps après embouteillage, que la concentration des raisins diminue à chaque millésime! Ainsi donc, il faut croire que ce vin se "remplit" au fur et à mesure des années qui passent…

Par ailleurs, la vinification serait presque sans grande importance chez ce type de vin, qui tire l'essentiel de sa substance des conditions dans lesquelles peut se développer un cépage aussi difficile que le Cinsault, lequel craint toutes les maladies, à commencer par la pourriture grise.

Les conditions de terroir, pour cette variété, sont tellement difficiles et limitées, que tout le monde a fini par se résigner à en faire des vins rosés, ou rouges légers. Mais Centeilles reste la première propriété (et peut-être la seule au monde) à en faire des rouges de garde dont la production est suivie année après année. Pourtant, peu à peu, une émulation commence à se faire : d'autres producteurs viennent au Cinsault. Ce n'est pas pour nous déplaire.



Sa personnalité

1 Une robe rubis sans ombres, d'intensité moyenne

2 Un arôme friand de vin jeune, déroutant en ce qu'il n'est pourtant ni amylique, ni acidulé

3 Goûtez : non, ce n'est pas un Côtes-du-Rhône ou un Lirac! Du fruit, quelques épices, un ensemble moelleux, sensuel, dans lequel tout est fondu : le tanin, l'alcool, les arômes…

Voila bien un vin qui ne tire certes pas son velouté d'une quelconque technologie, mais - tout simplement - du processus le plus élémentaire qui soit de la nature : une vigne bien exposée « mûrit » son raisin sans histoire… et nous donne un vin, pas cérébral pour deux sous, simple et gourmand, sans ambage. Un vin pour ceux qui aiment le vin plus que les concepts.

Il n'a qu'un seul défaut : se buvant trop facilement, il inclinerait assez le buveur à penser, au premier examen superficiel, qu'il ne peut guère aller au-delà de "ce que vivent les roses, l'espace d'un matin". Nous aussi avons longtemps cru, à son propos, que tendresse rimait avec fragilité. Près de quinze millésimes plus tard, nous nous accusons d'avoir manqué de foi.